EQUIPE

LISTE ARTISTIQUE

Hamisi Bazili (Alias), James Gayo (Kosmos), Glory Mbayuwayu (Antoinette),Salum Abdallah (Salum), Tito D. Ntanga (LE PÈRE D’ALIAS), Riziki Ally (LA MÈRE D’ALIAS), James P. Salala (Adin), John S. Mwakipunda (Anulla)

LISTE TECHNIQUE

REALISATION / Noaz Desh

SCENARIO / Noaz Deshe et James Masson

1ers ASSISTANTS REALISATION / Ilan Cohen et Smith Kimaro

IMAGE / Armin Dierolf et Noaz Deshe

MONTAGE / Noaz Deshe, Xavier Box, Robin Hill et Nico Leunen

MUSIQUE ORIGINALE / James Masson et Noaz Deshe

SON / Elie Chansa

MONTAGE SON / Thomas Wallmann

MIXAGE / Lars Ginzel

EFFETS SONORES / Niklas Kammertöns

COSTUMES / Sandra Leutert et Caren Miesenberger

MAQUILLAGE / Sandra Leutert

DIRECTION DE PRODUCTION Katja Lebedjewa

RÉGIE GENERALE Hashim Y. Rubanza

DIRECTION ARTISTIQUE Smith Kimaro et Deepesh Shapriya

PRODUCTION Asmara Films, Mocajo Film, Shadoworks

EN COPRODUCTION AVEC

Chromosom Filmproduktion, French Exit, Phantasma Films et Real2Reel

AVEC LA PARTICIPATION DE
Nipkow Programme, Goethe-Institut Tanzania et l’Alliance Française Dar Es Salaam

PRODUCTEURS / Vanessa Ciszewski et Frances Cazanza

PRODUCTEURS ASSOCIÉS / Matteo Ceccarini, Eva Riccobono, Luigi De Vecchi, Depart Foundation et Andreas Hommelsheim

PRODUCTEURS EXECUTIFS / Ryan Gosling et Stefano Gallini-Durante

COPRODUCTEURS / Alexander Wadouh, Matthias Luthardt et Babak Jalali

PRODUIT PAR Ginevra Elkann, Noaz Deshe et Francesco Melzi D’Eril

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

“While preparing to teach in Dar Es Salaam, I learned about the hunting of albinos in East Africa. I decided a film must be made: a real chronicle of a young person with a price on his head, a person who has to urgently become aware of his own condition against events that can end his life. In a certain circumstance, you can witness what it feels to be a beast to react, to be alert to your utmost ability. You must accept the solitude of your dreams as your friend and as a form of survival details of the plot should be only what the character is able to understand and piece together, the politics and cultural information should be delivered in a sensory form. To make the film work we needed to be small, local and quick-moving, making sure everyone was safe and brave.”-Noaz Deshe

ABOUT THE MAKING OF “WHITE SHADOW”
AN INTERVIEW WITH DIRECTOR NOAZ DESHE

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ce sujet pour votre premier film ?

Ses enjeux, comme les difficultés à le mettre en scène, avec très peu de moyens, auraient pu me freiner. Je ne sais pas encore comment expliquer, mais disons que ce fut un choc, j’ai ressenti ça comme un besoin impérieux. Il fallait que j’y aille immédiatement. L’urgence, la nécessité ont imposé les règles, m’ont donné une force inépuisable pour affronter l’inconnu et les obstacles.

Pourquoi avoir choisi le cinéma comme moyen d’expression ?

Pour moi, le cinéma est loin d’être l’unique alternative pour partager mes convictions ; mais, s’il me permet d’exprimer d’une autre manière ce que j’ai à montrer et à dire, alors je le revendique. Lorsqu’un cinéaste se lance dans un projet, il est sans doute porté par une sorte d’idéal romanesque qui le pousse à dépasser ses limites, à aller au bout de ses idées, et,
ensuite, à casser le moule pour proposer une nouvelle perspective sur tout ce qui l’entoure. Si le cinéma ne peut signifier qu’une infime partie de cet idéal, il ne faut pas hésiter. Par son prisme, on peut s’immerger et rassembler toutes les idées non verbales, aux antipodes de nos préoccupations quotidiennes. C’est en tout cas un art de tous les possibles.

Les albinos africains ont déjà fait l’objet de nombreux documentaires. L’un d’entre eux un vous a-t-il particulièrement inspiré ? Et pourquoi avoir privilégié la voie de la fiction ?

J’ai d’abord été alerté par les articles de Vicky Ntetema – journaliste tanzanienne de la BBC – sur la situation des albinos en Tanzanie. Ensuite, au fur et à mesure de mes recherches sur le sujet, il est devenu évident que seule une œuvre de fiction profondément ancrée dans la réalité pouvait témoigner avec force de la situation. Elle permet de se pencher sur les choses invisibles dans le documentaire, une liberté pour expérimenter formellement et narrativement, de distiller l’essence du récit. Avec la forme documentaire, certes, on revit la situation, mais la forme narrative est moins malléable, elle entraîne plus difficilement l’irruption de nouvelles idées.

C’est précisément parce que j’avais un scénario que j’ai pu abordé les aspects documentaires du récit avec plus de liberté et de sérénité. Je ne devais pas perdre de vue le fil du récit ni la certitude que les parcours de chacun de mes protagonistes pourraient évoluer à travers le chaos.

Je savais aussi qu’il fallait être extrêmement souple pour filmer en Afrique. Pendant le tournage, il fallait s’adapter au jour le jour, rien n’était jamais garanti d’avance. On devait considérer chacune des occasions manquées comme une offrande. La création, la mise en scène sont constamment remises en cause par le réel et les intrigues que vous voulez leur imposer. Mais c’est pour moi une méthode de travail très exaltante pour rendre crédible le récit. Et quelque part on valide les choix intuitifs.

Vous avez écrit le scénario très vite. Est-ce que le personnage d’Alias s’est rapidement imposé ?

Oui, Alias est apparu dès les premiers jets de l’écriture, les fils de l’intrigue étaient déjà là, révéles une nuit comme une suite d’images : Alias en train de fuir, tentant de se cacher, de devenir invisible Et ces images devaient être écrites et dessinées. White Shadow s’est imposé à moi, le récit d’un jeune garçon dont la tête est mise à prix, qui réalise brutalement sa condition lorsqu’il est confronté à des évènements qui pourraient l’entraîner vers sa propre mort. Ça s’est imposé de manière vivace, alors même qu’il s’agissait encore d’idées abstraites.

Le style du film est très particulier. Parfois, on a l’impression d’être dans un reportage, notamment avec les prises de vues caméra à l’épaule. Et à d’autres endroits, on est face à une œuvre extrêmement sophistiquée, soulignée par une bande sonore très travaillée et par le choix des formats de l’image et ses ruptures. Pourquoi cette double approche?

Ma seule ambition était de montrer la situation, au plus proche de la réalité, y compris dans ses recoins les plus “obscurs”. C’est comme si vous avez quelque chose qui n’est pas synchro et qui le devient soudainement. Ce n’est pas quelque chose d’absolu, c’est très subjectif. Je me suis ENTRETIEN AVEC NOAZ DESHEjuste fié à mes réactions intuitives, à mes recherches et recoupements, espérant toucher au plus juste.

D’un point de vue technique, il fallait être très réactif. Les équipements lourds peuvent ralentir considérablement un tournage, surtout avec des comédiens non professionnels et en particulier des enfants. Nous avons donc privilégié le matériel léger, utilisé une seule caméra pour chaque séquence – sauf celles de foule – et l’éclairage était soit naturel, soit
à la lampe de poche. Par contre, toutes nos scènes ont été écrites, préparées et répétées. Mais une fois que tout était prêt, que chacun connaissait son rôle, on oubliait tout ça et on y allait comme si c’était la première fois. Cette valse entre préparation et nouvelles donnes est passionnante. Comme spectateur actif, j’ai trouvé bien plus de plaisir à filmer de cette
manière.

Quant à la musique du film, elle devait refléter la condition d’Alias, extérieure comme intérieure, être un écho à son personnage.

Globalement, sur le sens du récit, ce que je voulais, c’était préserver sa nature, rester alerte, susciter les questionnements.

Comment sont venus le film, les acteurs?

En 2010, un ami, Matthias Luthardt (coproducteur de White Shadow), m’a invité à l’accompagner à Dar Es Salam, la capitale de la Tanzanie en Afrique de l’Est, pour donner une formation sur le court-métrage. Le voyage était organisé par le Goethe Institute et l’Alliance Française, et le but était de produire un petit film avec un groupe de quarante artistes. Puisque
j’avais une expérience de documentaliste sur d’autres films, j’ai commencé par lire tous les journaux et blogs locaux, et il ne m’a pas fallu longtemps pour distinguer que la chasse et la persécution des albinos faisait la Une des medias
tanzaniens. L’idée du film est née rapidement de ce constat, j’ai pu rencontrer de nombreux collaborateurs pendant ma mission. Nous avons organisé des auditions et des ateliers pour constituer le casting. L’Alliance Française nous a ouvert son immeuble, et tous les soirs il était rempli de gens en train de jouer des scènes du film. Nassos Chatzopoulos, un réalisateur
et cadreur gréco-tanzanien qui a participé à l’atelier, nous a été d’un grand secours. Il nous a accueillis chez lui, et a rassemblé tous ses amis et collègues pour nous aider. Il m’a aussi présenté Hashim Rubanza, qui m’a épaulé à composer la distribution.

Lors des heures de pointe, je me rendais avec Hashim à l’embarcadère d’un ferry qui relie la partie rurale à la partie moderne de la ville. Et là, on se lançait dans du casting sauvage. Un jour par exemple nous sommes allés au marché aux
poissons, et y avons découvert un type assis sur sa chaise, en train de donner des ordres à tous les autres pêcheurs d’un ton très placide. Nous l’avons invité à faire partie du gang dans le film.

C’était une expérience fascinante et grisante, nous nous lancions des défis pour voir combien d’inconnus intéressants nous allions convaincre de venir pour faire un bout d’essai. Tous les jours, avec ces gens issus de nos castings sauvages,
on tournait des scènes d’enlèvement et de vol, des attaques violentes d’habitations et des querelles d’amoureux. Andrew Panja, un sacré personnage qui nous a servi de « fixeur », est venu avec encore plus de comédiens, souvent des gens de sa famille. Nous avons d’ailleurs fini par embaucher son frère dans la distribution.

Tito D.Ntanga, qui interprète le père d’Alias dans le film, était le seul à avoir une expérience de la scène, parce qu’il dirige une compagnie de danse et de chant, The Albino Revolution Cultural Troupe, qui mène une campagne de sensibilisation sur l’albinisme. Pour trouver Alias et Salum, nous avons rencontré de nombreux gamins dans différents centres. Nous avons mis en place des « ateliers rêves », nous commencions par un entretien rapide, puis passions à une discussion sur les rêves. Nous avons retenu les enfants qui savaient le mieux raconter une histoire. Nous avons alors eu la chance de découvrir Hamisi Bazili (qui interprète Alias) lors d’un atelier organisé avec Tito. Hamisi nous attendait, avec une chanson sur sa vie qu’il avait écrite. Nous avons continué à le filmer pendant quelques jours pour être sûrs qu’il était capable de bien jouer dans un
cadre préparé. Et il a été fantastique. Lorsque je lui ai annoncé que c’est lui qui aurait le rôle, il s’est contenté de hocher la tête. Une fille dans la pièce lui a demandé « pourquoi tu ne souris pas ? Tu n’es pas content ? ». Et il a
répondu « on n’a pas toujours besoin de sourire pour afficher sa joie », et puis, il a ri. Et voilà.

Nous avons eu plus de mal pour le personnage d’Antoinette. On a vu près de quatre cent filles, vu débarquer des écoles entières, et nous avons filmé des scènes avec chacune d’entre elles. Glory Mbayuwayu est alors apparue avec sa sœur jumelle et sa mère. Glory et Grace, sa sœur, sont des comédiennes extraordinaires, elles ont un professionnalisme inné lorsqu’il
s’agit de travailler avec d’autres personnes. Elles sont très intelligentes, très concentrées. Lors de l’audition, j’ai demandé à Glory d’interpréter une braqueuse de banque face à Hamisi en employé de banque. La scène a été d’une telle
puissance que nous avons décidé d’en tourner une autre, qui m’a ému jusqu’aux larmes. J’ai réalisé qu’elle avait une profondeur et une capacité inouïe à partager les émotions, de manière brute, sans filtres. Plus tard, lorsque je
l’ai testée avec d’autres comédiennes, on voyait immédiatement qu’elle dominait toutes les autres. La caméra était attirée par elle, comme mue par un besoin irrésistible de suivre son histoire.

Quels ont été les moments les plus difficiles pendant le tournage ?

Il y en a eu beaucoup. Un jour, nous avons dû changé notre planning au dernier moment. En fait, un lion avait tué dix personnes là où on aurait dû tourner. L’armée a fini par l’abattre. Je n’arrêtais pas de penser à ce lion en fuite dans
cette zone très pauvre et si densément peuplée. Peut-être était-ce sa première fois, peut-être avait-t-il découvert à quel point les humains étaient faciles à attraper, que leur chair était plus tendre que celles des animaux sauvages. Au fond, c’est peut-être parce qu’il avait été chassé de son habitat naturel. Et juste au moment où il fait cette découverte stupéfiante, l’armée l’abat.

Et puis, encore, une nuit, on a entendu des explosions, un ancien dépôt de l’armée était en flammes. Des roquettes ont atterri sur l’aéroport international et sur les villages des environs. L’un de nos jeunes acteurs, Willy Wilson, a dû
fuir sa maison, touchée par les bombes. Il a été blessé, il n’a plus voulu parler pendant un mois.

Il y a eu aussi les maladies. Les membres de l’équipe n’ont pas été épargnés par la malaria, des éruptions cutanées sévères et de graves intoxications alimentaires. Mais jamais je n’ai douté qu’on réussirait à finir le film. Les doutes, les soucis, les contraintes, rendent toujours plus vigilant, plus fort, développant nos capacités à trouver des solutions. Il a juste fallu s’adapter chaque jour à une nouvelle réalité.

Et il faut souligner l’incroyable motivation de toute l’équipe. Chacun se sentait investi de la mission de pousser les autres à aller de l’avant. Personne n’a jamais remis en cause les raisons ou la manière adoptée. Nous avons gardé cette
énergie au lieu de la gaspiller, et elle nous a poussés à avancer. Quand nous devions tourner des scènes avec beaucoup de figurants, c’était un grand test pour nous tous. Si on est convaincu que son idée est la bonne, alors on n’hésite pas
à frapper aux portes de toutes les cases d’un village perdu, où on ne connait personne et avec qui on ne parle même pas correctement la langue. On frappe à toutes ces portes et on convie les gens à une réunion du village pour leur expliquer le projet. On crée un film à partir de rien, avec des personnes rencontrées quelques heures avant pour la première fois,
et tout le monde accepte soudainement de partager l’aventure et les risques. Chacun avec sa fantaisie qui lui est propre. Sous cette forme positive, c’est la chose plus ludique et la plus belle que les êtres humains puissent faire. On se
libère de toutes nos contraintes et on s’engage à corps perdu dans le même bateau, un geste absolu.

Adapté d’un entretien avec Anna Maria Pasetti, paru dans le Catalogue de la Semaine de la Critique du Festival de Venise 2013.

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